
Mais il en aurait fallu bien plus pour faire taire Pat Califia. Au fil de ces textes subversifs, elle décrit les pratiques qu’elle a choisies et les réflexions que ces pratiques nourrissent sur le mouvement LGBT et le féminisme. L’essai peut donc se lire comme une confession, une observation ou une réflexion, dont l’objet ne varie guère : le rapport que l’individu entretient avec ses choix sexuels, la réception de ces choix dans les minorités et dans la société en général. Il faut préciser que Pat Califia est douée d’un style remarquable, une rythmique percutante alliant sans la moindre difficulté dans un même texte des considérations tout à fait personnelles et pragmatiques à des propos bien plus généraux et théoriques. Les pages les plus saisissantes de l’ouvrage concernent certainement la description vécue de la pratique SM, vue du point de vue sadique (top ou dominant par opposition à bottom ou soumis) — mais un point de vue non exclusif, car Pat Califia est avant tout fascinée par la fluidité des rôles et des genres, par la capacité des individus à repenser leur corps et ses situations depuis les principes de désir et de plaisir, en parfaite indifférence à la morale et au quand dira-t-on. A tous ceux qui considèrent les pratiques minoritaires comme l’expression nécessaire d’un mal-être existentiel ou d’un dérèglement psychique, Pat Califia apporte la plus simple des réponses : un témoignage débordant de vitalité, de joie, d’intelligence, un gai savoir et une grande santé dont le simple contact rend la libération sexuelle un peu moins utopique.
Référence :
Califia P. (2008), Sexe et utopie, Paris, La Musardine, 196 p.
Illustration : collage de Philippe Tissier, galerie Blockhaus.
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