28.2.08

Duchamp, du signe, des temps

Pour ceux qui n’ont pas encore lu Nihilisme et modernité, L’artiste ou la toute-puissance des idées ou Qu’est-ce qu’une œuvre ?, Marcel Duchamp, portrait de l’anartiste est une bonne occasion de se familiariser avec la pensée de Michel Guérin, en même temps que de découvrir une analyse fine du père du ready-made — cette année verra le quarantième anniversaire de sa disparition.

Pourquoi le geste de Duchamp nous parle-t-il encore ? En quoi la Roue de bicyclette ou la Fontaine forment-elles des événements déterminants de la pratique artistique, dont le sens continue de se déployer ? Il y a bien sûr la fascination pour le personnage, sa paresse assumée, sa distance souveraine vis-à-vis des courants et des avant-gardes, son ironie mordante, et plus encore son intelligence de l’époque. Les pages où Michel Guérin rapproche Duchamp de la figure nietzschéenne du nihilisme actif sont les plus convaincantes de ce court essai : ce qui s’est joué à l’aube du siècle dernier, ce qui se joue encore à l’aurore du nôtre, c’est bien la très lente dissolution des croyances et des valeurs « éternelles » dont l’art se pensait comme le reflet ou l’incarnation ici-bas. Y compris leurs formes historicisées, celles-là mêmes qui ont séduit les avant-gardes et reproduit, jusque vers les années 1960, la figure traditionnelle de l’artiste malgré l’inventivité formelle de ses œuvres.

Référence :
Guérin M. (2008), Marcel Duchamp, portrait de l’anartiste, Lucie-Champ social, Nîmes.

Illustration : la Roue de bicyclette, Paris 1913 (réplique 1964, © CNAC).

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